Les maillons industriels manquants pour la transformation économique de l’Algérie
- Lynda MALOUM

- il y a 2 jours
- 5 min de lecture

L’Algérie dispose d’une base industrielle réelle, mais encore incomplète pour soutenir une diversification rapide et durable. Les importations massives de machines, de matériels électriques, de véhicules et de produits pharmaceutiques révèlent les segments qui restent à construire ou à renforcer.
Sommaire
Les maillons industriels manquants pour la transformation économique de l’Algérie
L’Algérie aborde la transformation économique de l’Algérie avec un atout évident: une industrie qui pèse déjà lourd dans le PIB. Mais ce poids masque une réalité plus fragile. Le manufacturier hors hydrocarbures reste limité, autour de 8 à 9% du PIB, alors que les importations de biens d’équipement, de véhicules, de matériels électriques et de produits pharmaceutiques continuent de monter. Autrement dit, l’économie produit encore trop peu de ce qu’elle consomme pour accélérer sa montée en gamme.
Une industrie présente, mais encore trop peu diversifiée
Le premier constat est simple: l’industrie algérienne existe, mais elle reste concentrée sur quelques branches. En 2023, l’industrie incluant la construction représentait environ 37 à 38% du PIB, contre près de 46% pour les services et un peu plus de 13% pour l’agriculture. Dans le manufacturier, la chimie et la pétrochimie avec les engrais pèsent environ 35%, l’agroalimentaire 22%, les matériaux de construction 18% et la pharmacie 12%.
Cette structure montre une base productive réelle, mais encore incomplète. Les secteurs les plus intégrés dans les chaînes de valeur, comme la mécanique, l’électronique, les composants industriels ou la chimie de spécialités, restent faibles. C’est là que se joue une grande partie de la transformation économique de l’Algérie, car ce sont ces maillons qui permettent de fabriquer, d’assembler, de maintenir et d’exporter des biens à plus forte valeur ajoutée.
"Le défi n’est pas seulement de produire davantage, mais de produire ce qui manque encore dans la chaîne industrielle."
Les signes de tension sont visibles dans la production elle-même. Au premier semestre 2024, les sous-secteurs publics dominants, notamment la sidérurgie, la mécanique, l’électrique et l’électronique, ont reculé d’environ 12% en glissement annuel, alors que le ciment et l’agroalimentaire progressaient. Ce contraste dit beaucoup sur la hiérarchie des priorités: les activités de base avancent, mais les segments les plus stratégiques pour l’industrialisation restent sous pression.
Ce que les importations révèlent vraiment
Les flux d’importation sont souvent le meilleur révélateur des capacités industrielles manquantes. En Algérie, ils pointent d’abord vers les biens d’équipement. Les machines et équipements mécaniques ont atteint environ 5,6 milliards USD, en hausse de plus de 45%, tandis que les matériels électriques ont représenté environ 2,5 milliards USD, avec une progression de près de 40%. Les véhicules ont aussi fortement rebondi, à environ 3,5 milliards USD.
Ces chiffres ne traduisent pas seulement une demande élevée. Ils montrent surtout que la base locale pour produire des machines-outils, des pompes, des compresseurs, des lignes de process ou des équipements électriques de puissance reste insuffisante. Tant que ces segments ne se structurent pas, une grande partie de la valeur ajoutée liée aux projets industriels, miniers, énergétiques ou de BTP continuera d’être captée à l’étranger.
Le même schéma apparaît dans la pharmacie. Le pays compte plus de 200 usines et couvre environ 70 à 75% des besoins du marché local en volume, mais les importations de produits pharmaceutiques atteignent encore environ 1,5 milliard USD. En parallèle, les importations liées à la fabrication pharmaceutique dépassent 250 000 milliards de dinars algériens, avec un pic au-delà de 270 000 milliards de dinars en 2021. Cela confirme une dépendance persistante aux principes actifs, aux excipients et aux médicaments à forte valeur ajoutée.
Les produits chimiques et les intrants industriels racontent la même histoire. L’Algérie exporte des engrais, mais reste peu développée dans la chimie fine, les spécialités chimiques, les additifs, les résines techniques et d’autres intrants intermédiaires. Dans l’électronique et l’électrotechnique, la situation est encore plus nette: l’assemblage existe, mais la production locale de composants, de circuits imprimés, de capteurs ou de systèmes embarqués demeure très limitée.
Les secteurs à combler pour changer d’échelle
Si l’on regarde les besoins de court terme, quatre familles de maillons apparaissent comme prioritaires. D’abord, les biens d’équipement industriels. Sans une offre locale en mécanique générale, en électrotechnique, en équipements de process et en maintenance industrielle, il est difficile de réduire durablement la facture d’importation ou de sécuriser les projets d’infrastructure.
Ensuite, la chimie de spécialités et les intrants pharmaceutiques. Le pays a déjà une base dans la formulation et dans certains produits de première transformation, mais il manque encore l’amont industriel qui donne de la profondeur à la filière. C’est un point crucial pour les décideurs publics comme pour les investisseurs, car cette lacune limite le contenu local et expose les chaînes d’approvisionnement aux tensions internationales.
Troisième priorité: les composants électroniques et les systèmes embarqués. Les besoins en automatisation, en contrôle-commande, en télécoms, en instrumentation et en solutions pour l’industrie 4.0 vont continuer de croître. Or, sans industrie des composants, l’assemblage reste fragile et peu compétitif. Cela vaut aussi pour les équipements liés aux réseaux électriques, au stockage et à d’autres usages industriels en montée rapide.
Enfin, la sous-traitance de transport et la métallurgie de seconde transformation doivent monter en puissance. Les importations de véhicules ont atteint environ 3,5 milliards USD, ce qui souligne l’absence d’un tissu robuste de pièces métalliques, plastiques, électriques ou de systèmes d’intégration. De même, la production de pièces moulées de précision, d’aciers spéciaux ou de tôles à plus forte valeur ajoutée reste limitée, alors qu’elle est indispensable pour l’énergie, la chimie, les infrastructures et l’automobile.
Ce que cela implique pour les choix industriels des prochaines années
Le sujet n’est pas seulement sectoriel. Il est stratégique. Une économie où 65% des usines travaillent avec des équipements de plus de 15 ans, où les coûts de maintenance sont plus élevés et où la performance énergétique reste en retrait ne peut pas monter en gamme sans effort massif de modernisation. Les contraintes de compétences, de gouvernance des entreprises publiques et de climat des affaires pèsent aussi sur la vitesse d’exécution.
Pour les pouvoirs publics, l’enjeu est de hiérarchiser les priorités plutôt que de disperser les efforts. Pour les investisseurs et les industriels, l’opportunité se situe dans les segments intermédiaires: équipements, sous-traitance, chimie de spécialités, composants, transformation avancée. Ce sont eux qui permettent de relier les grands projets aux capacités locales, de créer davantage d’emplois qualifiés et de réduire la dépendance aux importations.
L’Algérie dispose donc d’une base industrielle, mais encore incomplète. La prochaine étape ne consiste pas à multiplier les annonces, mais à combler les maillons qui manquent pour que la production locale devienne plus profonde, plus compétitive et mieux intégrée aux chaînes de valeur régionales.
- Pour prendre rendez-vous, cliquez sur la banniere ci-dessous -
Sources de l'article
Algeria - GDP distribution across economic sectors 2023 | Statista - This statistic shows the distribution of the gross domestic product (GDP) across economic sectors in...
Algeria - Manufacturing, Value Added (% Of GDP)2025 Data 2026 Forecast 1965-2023 Historical - Manufacturing, value added (% of GDP) in Algeria was reported at 9.2954 % in 2023, according to the ...
Algeria Economic Update - Open Knowledge Repository - industrial output growth slowing from 3.5 per- cent in 2023 to 0.7 percent y-o-y in H1-2024, industr...
Commerce extérieur de l'Algérie - ALGÉRIE | Direction ... - Site officiel de la direction générale du Trésor






Commentaires