Médicaments made in Algeria : comment Alger veut casser sa dépendance aux importations
- Lynda MALOUM

- 25 mai
- 4 min de lecture

L’Algérie accélère sa stratégie de substitution aux importations dans le médicament, avec un marché robuste, une base industrielle dense et des réformes qui visent à raccourcir les délais d’agrément. Entre montée en puissance locale, dépendance persistante aux matières premières et ambition d’exportation africaine, le secteur entre dans une phase décisive.
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Médicaments made in Algeria
Le marché pharmaceutique algérien s’est imposé comme l’un des plus importants d’Afrique du Nord. Au début des années 2020, son chiffre d’affaires est estimé entre 3,8 et 4,1 milliards USD. Cette profondeur de marché explique en partie pourquoi Alger mise autant sur les Médicaments made in Algeria : la logique n’est pas seulement sanitaire, elle est aussi industrielle et stratégique.
Une base industrielle déjà solide
L’Algérie a déjà franchi un cap important. En 2019, la facture d’importation de médicaments approchait les 2 milliards USD. En 2022, elle est tombée à environ 1,2 milliard USD, soit une baisse d’environ 40% en trois ans. Cette évolution n’est pas le fruit du hasard : elle accompagne une politique assumée de substitution aux importations et de montée en puissance de la production locale.
Les chiffres de couverture interne confirment cette dynamique. Selon l’Agence nationale des produits pharmaceutiques, la production locale couvre aujourd’hui environ 72 à 73% des besoins du pays. Une déclaration officielle de fin 2023 évoquait déjà 70% des besoins internes, avec 3 327 médicaments produits localement sur 4 544 enregistrés au code pharmaceutique national. En valeur, la production pharmaceutique nationale a atteint environ 3,14 milliards USD en 2022, puis 3,56 milliards USD en 2023.
"Le ministre de l’Industrie pharmaceutique veut réduire la facture d’importation et renforcer la production locale."
Cette progression ne repose pas sur quelques sites isolés. Le tissu industriel est déjà dense, avec 203 institutions de l’industrie pharmaceutique recensées en 2023, dont 189 sites de production et 14 sites de production par manutention. D’autres lectures plus larges évoquent plus de 200 usines ou sites, ce qui place l’Algérie parmi les pôles industriels les plus structurés du continent dans ce secteur.
Ce que produit réellement l’Algérie, et ce qui reste importé
Le cœur de la production algérienne reste concentré sur les génériques, les formes orales et les injectables classiques. C’est là que la substitution aux importations est la plus visible. Plus de 3 400 molécules seraient produites localement sur environ 4 500 disponibles sur le marché, ce qui montre l’ampleur du mouvement.
Mais la dépendance n’a pas disparu. Les segments innovants restent largement importés, en particulier certaines biothérapies, immunothérapies et traitements oncologiques avancés. La situation est encore plus nette pour les matières premières pharmaceutiques : l’Algérie importe la quasi-totalité de ses principes actifs et une part très élevée de ses excipients. Autrement dit, le pays fabrique davantage de médicaments finis, mais reste tributaire de chaînes d’approvisionnement externes pour l’amont industriel.
C’est précisément là que se joue la prochaine étape. Les autorités veulent aller au-delà de la simple production de génériques et encourager des projets plus complexes, notamment dans l’oncologie, l’insuline, les biosimilaires, les antibiotiques et certains dispositifs médicaux. Plusieurs annonces récentes vont dans ce sens, avec l’objectif de réduire les importations critiques et de structurer une filière plus intégrée.

Une réglementation pensée pour accélérer les projets
Le signal le plus important pour les investisseurs ne vient pas seulement des volumes produits, mais du cadre réglementaire. Le secteur est structuré autour du décret exécutif n°21-82, complété par des décisions ministérielles qui encadrent l’agrément des établissements pharmaceutiques. En 2026, de nouvelles règles ont été publiées pour accélérer l’ouverture d’usines de médicaments.
Le changement est concret. La demande d’agrément préalable de réalisation doit désormais être déposée de manière dématérialisée via une plateforme électronique sécurisée. Le ministère dispose de cinq jours pour notifier la recevabilité du dossier. Ensuite, l’évaluation technique peut durer de 15 jours à deux mois selon la nature du projet. La commission technique se réunit tous les quinze jours, puis le ministre tranche dans un délai maximal de huit jours après son avis.
Au total, le délai théorique entre un dossier complet et la décision d’agrément peut descendre à environ 88 jours, soit moins de trois mois. Pour un secteur industriel aussi réglementé, c’est un changement important. L’agrément préalable de réalisation est valable deux ans, renouvelable, tandis que l’agrément d’ouverture de l’usine est délivré pour cinq ans renouvelables. Ce type de visibilité compte pour les industriels, les EPC et les investisseurs qui raisonnent en cycles longs.
Une ambition régionale encore à consolider
L’Algérie ne cherche plus seulement à couvrir son marché intérieur. Elle veut aussi devenir une plateforme d’exportation vers l’Afrique. Les premiers signaux existent déjà : en mai 2026, cinq contrats d’exportation de produits pharmaceutiques ont été signés vers la Mauritanie, le Mali et le Sénégal. Le mouvement reste encore modeste, mais il montre une orientation claire.
Les autorités affichent aussi une ambition de montée en gamme réglementaire, avec l’objectif d’aligner davantage les standards sur ceux de l’OMS pour faciliter l’exportation. C’est un point clé. Sans certification reconnue, il est difficile de transformer une base industrielle nationale en hub régional crédible.
Face au Maroc, à l’Égypte et à la Tunisie, l’Algérie occupe une position intermédiaire mais intéressante. Elle est proche du Maroc en termes de couverture locale de la demande, loin derrière l’Égypte sur le niveau de localisation, mais devant la Tunisie en taille industrielle. Son avantage tient surtout à la combinaison d’un grand marché intérieur, d’une base productive déjà large et d’un discours public désormais très orienté vers la souveraineté sanitaire.
Pour les décideurs publics comme pour les investisseurs, la lecture est claire : le marché existe, la demande est là, et le cadre se simplifie. Le vrai enjeu n’est plus de savoir si l’Algérie peut produire davantage, mais à quelle vitesse elle peut monter en complexité, sécuriser ses approvisionnements amont et transformer cette capacité industrielle en avantage exportable.
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Sources de l'article
https://revues.imist.ma/index.php/RERLED/article/download/23725/12604/62076
https://africa24tv.com/algerie-les-importations-pharmaceutiques-atteignent-12-milliards-usd-en-2022/
https://www.santenews-dz.com/chiffres-cles-industrie-pharmaceutique-en-algerie/
https://www.tsa-algerie.com/moins-de-trois-mois-pour-ouvrir-une-usine-de-medicaments-en-algerie/






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