Investissements chinois en Algérie : phosphate, acier et énergie au cœur de la transformation industrielle
- Lynda MALOUM

- il y a 7 heures
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En Algérie, les investissements chinois se concentrent sur le phosphate, la sidérurgie et l’énergie, avec des projets intégrés qui structurent de nouvelles chaînes de valeur industrielles. Entre mégaprojets miniers, contrats EPC et infrastructures énergétiques, cette coopération redessine les priorités industrielles du pays.
Sommaire
Investissements chinois en Algérie : phosphate, acier et énergie au cœur de la transformation industrielle
L’Algérie et la Chine ont bâti une relation économique qui dépasse le simple échange commercial. Depuis le passage au rang de « partenariat stratégique global » en 2014, la coopération s’est élargie aux infrastructures, à l’énergie et à l’industrie lourde. Pour Alger, l’enjeu est clair : transformer davantage de ressources sur place et réduire la dépendance aux hydrocarbures bruts. Pour les acteurs industriels, les Investissements chinois en Algérie dessinent un terrain de projets intégrés, souvent structurés autour de grands contrats EPC et de joint-ventures.
Phosphate : le levier le plus visible de la montée en gamme
Le phosphate concentre une partie majeure de cette dynamique. Le Projet Phosphates Intégré, ou PPI, figure parmi les plus ambitieux. Il réunit les groupes publics algériens Asmidal et Manal avec les sociétés chinoises Wuhuan Engineering et Tian’an au sein de la joint-venture Algerian Chinese Fertilizers Company.
Le projet est annoncé autour de 6 à 7 milliards de dollars. Il couvre l’exploitation du gisement de Bled El-Hadba à Tébessa, la transformation chimique dans l’est du pays et des installations portuaires dédiées à Annaba. L’objectif industriel est nettement posé : produire environ 5,4 à 6 millions de tonnes d’engrais par an et viser près de 2 milliards de dollars d’exportations annuelles une fois le régime de croisière atteint.
"L’objectif affiché par le gouvernement algérien est de réduire la dépendance aux hydrocarbures bruts en développant une base industrielle exportatrice à haute valeur ajoutée."
Un autre signal fort est apparu en 2025 avec un projet porté par Asia Potash International. L’investissement annoncé est d’environ 1,6 milliard de dollars pour un complexe intégré de valorisation du phosphate, incluant ammoniac, urée et engrais composés. Ce type de projet confirme une tendance de fond : l’Algérie ne cherche plus seulement à exporter une matière première, mais à capter davantage de valeur dans la chimie des engrais.
Cette logique suppose toutefois des infrastructures solides. Le développement du phosphate dépend directement des lignes ferroviaires vers Annaba et des capacités énergétiques associées. Le programme annoncé d’environ 6 000 km de lignes ferroviaires en partenariat avec des entreprises chinoises montre bien que le sujet n’est pas seulement minier, mais aussi logistique et territorial.
Acier et fer : Gara Djebilet comme pivot industriel
Le second axe majeur concerne le fer et la sidérurgie. À Gara Djebilet, dans la wilaya de Tindouf, l’Algérie avance avec des partenaires chinois pour structurer l’exploitation du gisement et les étapes de transformation. Une convention a été signée entre Feraal et le consortium chinois CMH pour créer deux sociétés mixtes algéro-chinoises : l’une dédiée à la mine, l’autre à un complexe de conversion du minerai en produits semi-finis à Béchar.
Les volumes évoqués sont importants. Les responsables du projet parlent d’un objectif de production dépassant 50 millions de tonnes de minerai de fer traité. En parallèle, un projet d’usine de traitement de 10 millions de tonnes par an à Béchar est associé au complexe sidérurgique Tosyali. À cela s’ajoute une ligne ferroviaire d’environ 575 km entre Gara Djebilet et Béchar, avec une implication chinoise déjà visible dans les infrastructures de base.
Dans la sidérurgie, un autre projet a retenu l’attention en 2025-2026 : l’investissement de 500 millions de dollars annoncé par Jingdong Steel pour une usine à M’sila. Le site, développé sur environ 36 hectares, doit démarrer à 200 000 tonnes par an avant de monter à 500 000 tonnes par an de tôles et tubes d’acier. Environ 50% de la production serait destinée à l’exportation.
Ce schéma est révélateur. L’Algérie ne se limite plus à l’extraction minière. Elle cherche à relier mine, transformation et exportation dans une même chaîne de valeur. C’est précisément dans cette articulation que les groupes chinois trouvent leur place, avec leur capacité à livrer des ensembles industriels complets, des unités de concentration aux équipements de transport.

Énergie et pétrochimie : la colonne vertébrale des projets lourds
Aucun de ces projets miniers ou métallurgiques ne peut fonctionner sans énergie fiable. C’est pourquoi la coopération sino-algérienne s’étend naturellement aux hydrocarbures, au gaz et à la pétrochimie. Sonatrach travaille avec Sinopec depuis plusieurs années, et un nouveau contrat a été signé en 2025 pour l’exploration et l’exploitation dans la zone Hassi Berkane Nord.
Un accord de 490 millions de dollars a aussi été conclu pour renforcer l’exploitation du champ de Zarzaitine, avec des travaux d’ingénierie, de forage et de modernisation. Dans le même esprit, China Petroleum Engineering Corporation a obtenu un contrat EPC d’environ 210 millions de dollars pour la réhabilitation du champ gazier d’Alrar.
L’exemple le plus parlant reste peut-être le contrat de 855 millions de dollars remporté par Jereh Oil & Gas Engineering pour Rhourde Nouss. Le projet prévoit une station de surpression et la modernisation des pipelines associés, avec un objectif de capacité de traitement et de compression d’environ 40 millions de mètres cubes de gaz par jour. Pour les décideurs publics comme pour les industriels, ce type d’opération montre que les besoins énergétiques des mines et de la sidérurgie deviennent un moteur direct des investissements.
La pétrochimie suit la même logique. Sonatrach a confié au groupement chinois CNTIC/LPEC la réalisation d’un complexe MTBE à Arzew, pour une capacité de 200 000 tonnes par an. L’investissement est d’environ 76 milliards de dinars, soit autour de 500 millions de dollars. Ce projet s’inscrit dans une stratégie plus large de transformation locale des fractions issues des hydrocarbures.

Ce que ces projets changent pour l’Algérie
Pris ensemble, ces investissements dessinent une trajectoire industrielle cohérente. Phosphate, fer, acier, gaz, énergies renouvelables et pétrochimie ne sont pas traités comme des secteurs isolés, mais comme les maillons d’un même système. Les projets sont intensifs en capital, mais ils créent aussi des emplois, des besoins en ingénierie, des chaînes de sous-traitance et des infrastructures durables.
Le PPI annonce environ 6 000 emplois directs et 24 000 emplois indirects à terme. Les autres projets, qu’ils soient miniers, sidérurgiques ou énergétiques, mobilisent eux aussi des compétences locales et des partenaires techniques. C’est là que se joue une partie importante de la réussite : la capacité à intégrer des bureaux d’études, des EPC, des opérateurs logistiques et des industriels locaux dans des montages encore très dominés par les grands groupes.
Pour les investisseurs et les partenaires industriels, le message est lisible. L’Algérie ouvre des corridors de projets où la Chine joue un rôle central, mais pas exclusif. La vraie question n’est plus seulement de savoir qui finance ou qui construit. Elle est de savoir comment ces projets vont s’intégrer au tissu industriel algérien, et jusqu’où ils parviendront à créer de la valeur locale dans la durée.
Sources de l'article
https://english.aawsat.com/home/article/3548161/algerian-chinese-firms-announce-phosphate-mega-deal
http://french.xinhuanet.com/afrique/2018-11/21/c_137622520.htm
https://lecourrier-dalgerie.com/exploitation-du-phosphate-un-mega-investissement-chinois-de-16-md/
https://lalgerieaujourdhui.dz/gara-djebilet-2-nouvelles-societes-chinoises-en-renfort/
https://anndz.dz/fr/2023/06/24/lexploitation-de-la-mine-gara-djebilet/
https://www.tsa-algerie.com/le-chinois-sinopec-autorise-a-explorer-les-hydrocarbures-en-algerie/
https://elwatan-dz.com/petrochimie-sonatrach-et-le-chinois-cnticlpec-signent-un-important-contrat
https://ecotimesdz.com/transition-energetique-algerie-importation-panneaux-solaires-chine/
https://projetafriquechine.com/2026/01/20/egypte-des-investissements-chinois-dans-le-solaire/




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