top of page

Hydrogène vert en Algérie : potentiel, stratégie nationale et perspectives d’exportation vers l’Europe

  • Photo du rédacteur: Lynda MALOUM
    Lynda MALOUM
  • il y a 3 heures
  • 4 min de lecture
Installation d’énergie renouvelable en Algérie liée à l’hydrogène vert
Installation d’énergie renouvelable en Algérie liée à l’hydrogène vert

L’Algérie a fixé une stratégie hydrogène ambitieuse à l’horizon 2040, avec une cible d’environ 40 TWh, plus de 1 million de tonnes et près de 25 milliards de dollars d’investissements. Entre ressources renouvelables, infrastructures gazières existantes et débouchés européens, la filière se structure autour d’enjeux industriels, financiers et réglementaires majeurs.



Sommaire



Hydrogène vert en Algérie


L’Algérie a fait de l’hydrogène vert un axe stratégique de long terme. La feuille de route nationale, approuvée fin 2022 et publiée en 2023, fixe un cap clair à l’horizon 2040 : produire environ 40 TWh d’hydrogène, soit plus de 1 million de tonnes par an, avec l’essentiel orienté vers l’export vers l’Europe. Le montant des investissements annoncés est lui aussi significatif, avec près de 25 milliards de dollars prévus pour structurer la filière.


Cette trajectoire n’est pas seulement énergétique. Elle est aussi industrielle, commerciale et géopolitique. Pour les décideurs publics, les investisseurs et les partenaires industriels, l’Hydrogène vert en Algérie mérite d’être lu comme un projet de chaîne de valeur complète, depuis la production d’électricité renouvelable jusqu’au transport, aux dérivés et aux débouchés export.



Hydrogène vert en Algérie : Ressources, technologies et infrastructures à mobiliser
Hydrogène vert en Algérie : Ressources, technologies et infrastructures à mobiliser

Une stratégie pensée pour le marché européen


La feuille de route algérienne repose sur une logique simple : utiliser le potentiel solaire et éolien du pays pour produire de l’hydrogène renouvelable, puis l’acheminer vers un marché européen en forte demande. La stratégie vise environ 10 TWh pour le marché domestique et 30 à 40 TWh pour l’export, ce qui représenterait autour de 10% de la demande européenne projetée en hydrogène renouvelable.


"L’objectif politique affiché est de couvrir autour de 10% des besoins européens en hydrogène renouvelable et de générer jusqu’à 10 milliards de dollars de recettes annuelles à l’export à partir de 2040."

Le calendrier est structuré en trois phases : 2023-2030 pour le démarrage et le renforcement des capacités, 2030-2040 pour la montée en puissance et la création du marché, puis 2040-2050 pour l’industrialisation et la compétitivité internationale. Cette progression traduit une approche pragmatique : d’abord construire les bases techniques et institutionnelles, puis accélérer lorsque les conditions de marché seront plus mûres.


Ressources, technologies et infrastructures à mobiliser


L’un des atouts majeurs de l’Algérie est la disponibilité de ressources renouvelables à grande échelle. La stratégie retient un mix cible d’environ 70% solaire photovoltaïque et 30% éolien pour alimenter les électrolyseurs. Les autorités privilégient aussi les électrolyseurs à membrane PEM, appréciés pour leur flexibilité.


Sur le plan industriel, le pays ne part pas de zéro. Il peut s’appuyer sur ses infrastructures gazières existantes, notamment les gazoducs vers l’Italie et l’Espagne, avec l’idée de les adapter au transport d’hydrogène pur ou de mélanges gaz naturel-hydrogène. À cela s’ajoutent de nouveaux projets comme le corridor SoutH2, un pipeline de 3 300 km destiné à relier l’Afrique du Nord à l’Italie, l’Autriche et l’Allemagne à partir de 2030. La capacité visée pour l’ensemble de l’Afrique du Nord atteint jusqu’à 4 millions de tonnes d’hydrogène par an, avec environ 70% de conduites existantes reconverties.


Cette combinaison entre infrastructures héritées et nouveaux ouvrages est importante. Elle réduit le risque de partir d’une page blanche et donne à l’Algérie un avantage de temps, à condition que les standards techniques, réglementaires et contractuels suivent.




Installation moderne de production d'hydrogène











Exportation, revenus et logique de valeur


Les chiffres annoncés par la stratégie sont ambitieux. Sur les 40 TWh de production visés en 2040, 30 à 40 TWh seraient destinés à l’export, sous forme d’hydrogène gazeux, liquide ou de dérivés comme l’ammoniac, le méthanol et les e-fuels. En volume, cela correspond à environ 1 million de tonnes par an.


Les autorités algériennes estiment que ces flux pourraient générer jusqu’à 10 milliards de dollars de recettes annuelles à l’export à l’horizon 2040, selon les hypothèses de prix retenues. Pour l’Europe, le corridor SoutH2 pourrait couvrir à lui seul jusqu’à 40% de l’objectif d’importation d’hydrogène fixé par REPowerEU autour de 2030.


Cette orientation vers les dérivés est stratégique. Dans de nombreux cas, l’export d’ammoniac ou d’autres molécules dérivées peut être plus simple à organiser que celui de l’hydrogène pur. Pour les industriels, cela ouvre plusieurs modèles économiques possibles, selon le niveau d’intégration locale recherché et les besoins des marchés européens.


Investissements, partenariats et défis de mise en oeuvre


Le ministère de l’Énergie et des Mines estime les besoins d’investissement pour la filière hydrogène, hors stockage, à environ 24,8 à 25 milliards de dollars d’ici 2040. Ce montant couvre la production, le transport, le stockage et la formation des ressources humaines. Il s’inscrit dans un programme énergétique plus large d’environ 60 milliards de dollars sur 2025-2029, où les hydrocarbures restent dominants mais avec une place croissante pour les renouvelables et l’hydrogène.


Pour attirer les capitaux, l’Algérie mise sur le nouveau code de l’investissement de 2022, les partenariats public-privé et l’accès aux financements verts internationaux. Des projets pilotes ont aussi été confirmés au sein de Sonatrach pour acquérir de l’expertise sur toute la chaîne de valeur, de la production à la transformation en dérivés comme les engrais et l’ammoniac.


Un groupe de travail bilatéral Allemagne-Algérie sur l’hydrogène a été lancé en 2024. Par ailleurs, des mémorandums d’entente ont été signés avec des acteurs européens comme Cepsa, Snam, SeaCorridor, VNG et Verbund pour des études de faisabilité sur de grands projets de production et de pipeline.


Les atouts sont réels : potentiel solaire et éolien, position géographique proche de l’Europe, réseaux gaziers existants, expérience d’acteurs comme Sonatrach et Sonelgaz. Mais les défis le sont tout autant. Il faut sécuriser les financements, clarifier le cadre réglementaire, réussir les transferts de technologie et garder une trajectoire compatible avec l’évolution des coûts des électrolyseurs, des renouvelables et du transport.


Pour les acteurs publics et privés, l’Hydrogène vert en Algérie est donc moins une annonce qu’un chantier de structuration. Le potentiel est identifié, les volumes sont chiffrés et les débouchés sont posés. Reste désormais à transformer cette ambition en projets bancables, techniquement solides et industrialement crédibles.




Sources de l'article



Commentaires


bottom of page