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Le thorium : Un enjeu énergétique et géopolitique majeur

  • Photo du rédacteur: Adel MALOUM
    Adel MALOUM
  • 31 déc. 2025
  • 3 min de lecture

Dernière mise à jour : 17 mai

Ali.

01/01/2026


Le thorium, longtemps considéré comme une curiosité scientifique, s'impose aujourd'hui comme un enjeu énergétique et géopolitique majeur. Depuis quelques années, il est au cœur des discussions industrielles. Ce n'est plus une hypothèse théorique, mais une technologie en cours de déploiement réel. Une chose est désormais claire : la Chine a pris une avance significative dans cette filière.


La percée technologique de la Chine


Cette avance se manifeste par un fait concret. La Chine exploite le premier réacteur au thorium opérationnel au monde, le TMSR-LF1, situé dans le désert de Gobi. Bien que modeste avec une puissance de 2 MW thermiques, ce démonstrateur a franchi deux étapes clés : l'atteinte de la criticité en octobre 2023 et la première conversion thorium-uranium en octobre 2024. Ces jalons marquent le passage décisif du stade expérimental à une application réelle.


Le thorium n'est plus une spéculation scientifique, mais un outil de puissance.

Cette percée n'est pas le fruit du hasard. Elle résulte d'une stratégie engagée dès les années 1970, renforcée en 2011 avec le lancement officiel du programme TMSR, doté de trois milliards de yuans de financement. Depuis, la Chine a structuré une filière complète, soutenue par plus de cent institutions, universités et entreprises coordonnées au niveau national. Le pays dispose en outre d'environ un million de tonnes de thorium dans les résidus miniers de Bayan Obo, une ressource suffisante pour couvrir des dizaines de milliers d'années de besoins énergétiques potentiels.



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Une feuille de route ambitieuse


La feuille de route est précise : un réacteur de 100 MW à l'horizon 2035, une commercialisation autour de 2040 et, d'ici 2050, cinquante centrales thorium totalisant cinquante millions de kilowatts. L'intérêt pour le thorium repose sur des avantages technologiques majeurs. Les réacteurs à sels fondus fonctionnent à pression atmosphérique, éliminant ainsi les risques liés à la haute pression. Ils ne nécessitent pas d'eau pour le refroidissement, ce qui les rend adaptés aux zones arides. De plus, ils permettent un rechargement du combustible sans arrêt du cœur. Ils produisent également beaucoup moins de déchets nucléaires, avec une réduction estimée entre 80 et 90 pour cent, et génèrent moins d'éléments à longue durée de vie.


Il n'existe pas de risque d'explosion haute pression et le système fonctionne sous pression atmosphérique.

Un levier géopolitique


Cette avancée technologique se transforme rapidement en levier géopolitique. La Chine ne se contente pas de développer un réacteur ; elle construit une industrie intégrée, avec des perspectives d'exportation vers une trentaine de pays, notamment dans le cadre de l'initiative Belt and Road. L'usage du thorium dépasse par ailleurs la seule production électrique. Des applications sont envisagées dans la production d'hydrogène à haute température, la métallurgie ou encore la propulsion maritime, illustrée par un projet de navire de 200 MW fonctionnant au thorium.


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Les défis à relever


Face à cette dynamique, les autres pays avancent plus lentement. L'Inde dispose de réserves importantes et d'un programme structuré, mais accumule les retards. Aux États-Unis, l'intérêt renaît via des initiatives privées, souvent fragmentées. En Europe, les travaux restent principalement académiques, sans vision industrielle claire ni calendrier de déploiement.


Le marché du thorium reste difficile à chiffrer, avec des estimations allant de quelques centaines de millions à plusieurs milliards de dollars. Le thorium lui-même est peu coûteux, autour de trente dollars le kilo. Les coûts de construction des réacteurs pourraient être sensiblement inférieurs à ceux des réacteurs à uranium, avec une réduction massive des déchets.


Les limites de la technologie


Des limites subsistent néanmoins. La conversion thorium-uranium n'a été validée qu'à petite échelle. Les cadres réglementaires internationaux sont encore inexistants. Les matériaux nécessaires sont complexes à produire et la question de la prolifération liée à l'uranium 233 impose un contrôle strict. À cela s'ajoute une concurrence croissante des énergies renouvelables et des petits réacteurs nucléaires classiques. Les trajectoires possibles d'ici 2050 vont d'un déploiement lent et limité à un scénario plus ambitieux, aligné sur les objectifs chinois, voire à une adoption mondiale de réacteurs de quatrième génération.


Conclusion


Ce qui se joue aujourd'hui autour du thorium dépasse largement le cadre scientifique. Il s'agit d'une construction méthodique d'un avantage industriel et stratégique. En intégrant rapidement l'ensemble de la chaîne de valeur, la Chine a transformé une technologie longtemps marginale en réalité opérationnelle, avec le potentiel de redéfinir durablement l'équilibre énergétique mondial.



source:


Shanghai Institute of Applied Physics (SINAP) / Chinese Academy of Sciences : Annonce officielle de la conversion thorium-uranium (octobre 2024).


World Nuclear News : Détails techniques sur TMSR-LF1 (criticité octobre 2023, pleine puissance 2024).


China Daily : Premiers résultats de transmutation thorium-uranium.

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