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Énergie en Afrique de l’Ouest et Centrale : infrastructures manquantes, gaz sous-exploité et défis de l’hydrogène vert

  • Photo du rédacteur: Ali
    Ali
  • 16 sept.
  • 5 min de lecture

Ali

17/09/2025


Carte stylisée du monde en 3D avec un focus lumineux sur l’Afrique et l’Eurasie, affichée en bleu néon. Des points lumineux orange symbolisent les réseaux d’énergie ou de communication. L’arrière-plan est sombre avec des halos lumineux diffus, créant un effet technologique et futuriste.
Carte numérique stylisée du monde, avec un focus lumineux sur l’Afrique, illustrant les défis d’accès à l’énergie et les interconnexions énergétiques en Afrique de l’Ouest et Centrale.

L’Afrique de l’Ouest et l’Afrique Centrale se trouvent aujourd’hui face à un paradoxe énergétique majeur. Alors que ces régions regorgent de ressources naturelles, gaz, soleil, eau, plus de 220 millions de personnes n’ont toujours pas accès à l’électricité. En moyenne, à peine un habitant sur deux est raccordé au réseau, un chiffre qui place ces zones parmi les plus en retard au monde en matière d’électrification. Cette situation freine non seulement la croissance économique, mais aussi l’éducation, la santé et l’industrialisation. L’enjeu est immense : comment transformer ce potentiel énergétique en développement concret ? Malgré des initiatives locales et internationales, le chemin reste semé d’embûches, entre manque d’infrastructures, financement insuffisant et coordination défaillante.


Carte de l’Afrique montrant la part de la population n’ayant pas accès à l’électricité par pays, avec des chiffres en millions d’habitants et des nuances de violet représentant 25 %, 50 % et 75 % de la population sans électricité.
Accès à l’électricité en Afrique : plus de 600 millions de personnes n’ont toujours pas accès à une alimentation électrique fiable, avec de fortes disparités régionales. Source : AIE.

Plus de 220 millions d’Africains de l’Ouest et du Centre vivent encore sans électricité, malgré l’abondance de ressources énergétiques sur leurs territoires.

Une demande énergétique qui explose


La croissance démographique rapide de l’Afrique de l’Ouest et du Centre entraîne une pression considérable sur la demande énergétique. Avec une population cumulée de plus de 500 millions d’habitants et une urbanisation galopante, les besoins en électricité augmentent chaque année. Selon la Banque mondiale et l’Agence internationale de l’énergie (AIE), atteindre l’Objectif de développement durable n°7 (accès universel à l’énergie d’ici 2030) nécessiterait 135 millions de nouveaux raccordements par an. Or, aujourd’hui, la cadence réelle est très loin du compte.


L’absence d’énergie fiable ne se traduit pas seulement par un manque de confort domestique. Elle limite la productivité des entreprises, décourage l’investissement industriel et réduit l’efficacité des services publics. Les hôpitaux, les écoles et les administrations doivent souvent recourir à des générateurs coûteux et polluants. Cette dépendance accentue le retard de développement et renforce les inégalités sociales.



Le déficit criant d’infrastructures


Si la demande explose, l’offre reste dramatiquement insuffisante. Les centrales électriques sont souvent vétustes, sous-dimensionnées, voire inexistantes dans certaines zones rurales. Les réseaux de transport et de distribution souffrent de coupures fréquentes et de pertes techniques élevées.


Le gaz naturel illustre parfaitement ce paradoxe. Le Nigéria et d’autres pays voisins disposent de réserves importantes, mais faute de pipelines et de coordination régionale, ces ressources restent largement sous-exploitées. Le West African Gas Pipeline (WAGP), long de près de 700 km et reliant le Nigéria au Ghana via le Bénin et le Togo, démontre que la coopération est possible. Toutefois, sa capacité d’environ 5 milliards de m³ par an reste dérisoire par rapport aux besoins de la région.


Le mégaprojet du gazoduc Nigéria–Maroc, évalué à 25 milliards de dollars et long de 6 000 km, suscite beaucoup d’espoir. Il permettrait d’acheminer jusqu’à 30 milliards de m³ de gaz par an à travers une douzaine de pays. Mais son financement et son calendrier demeurent incertains. À ce jour, aucune date de démarrage précise n’est confirmée, et l’on ignore quelle part du gaz sera réellement disponible pour les populations locales.


Le paradoxe africain est frappant : le gaz est là, mais faute de pipelines et de coordination, il reste coincé dans le sous-sol.

Carte de l’Afrique de l’Ouest montrant le tracé du projet de gazoduc Nigéria–Maroc. La ligne longe la côte atlantique et traverse plusieurs pays (Nigéria, Bénin, Togo, Ghana, Côte d’Ivoire, Guinée, Sénégal, Mauritanie, Maroc) jusqu’à Tanger, avec une connexion prévue vers l’Espagne.
Tracé du futur gazoduc Nigéria–Maroc, un projet de 6 000 km estimé à 25 milliards USD, destiné à transporter jusqu’à 30 milliards de m³ de gaz par an vers l’Afrique de l’Ouest, le Maroc et l’Europe. Source : lebrief.ma

Le rôle des acteurs internationaux


Face à ces défis, les partenaires étrangers jouent un rôle essentiel. La Chine s’impose comme un acteur incontournable grâce à sa capacité à proposer des projets rapides, à coûts compétitifs. Ses entreprises publiques et privées, comme Sinohydro ou PowerChina, construisent barrages, centrales thermiques et réseaux de transport dans plusieurs pays africains. Mais cette approche pragmatique se heurte parfois à des problèmes de gouvernance et de coordination locale.


Les États-Unis et l’Europe, quant à eux, apportent une expertise technologique plus avancée, notamment dans les énergies renouvelables. Cependant, leurs projets sont souvent plus chers et ralentis par des procédures administratives complexes.


Enfin, les institutions financières internationales (Banque mondiale, IFC, Banque africaine de développement) déploient des initiatives structurantes comme le programme Scaling Solar. Celui-ci a permis de réduire les prix de l’électricité solaire dans certains pays (Zambie, Sénégal). Mais ces programmes peinent à maintenir leur dynamique, freinés par des risques politiques et des incertitudes réglementaires.



Les obstacles structurels de l'énergie en Afrique


Au-delà des questions techniques, le véritable frein est institutionnel et financier. Les États, déjà confrontés à d’énormes besoins sociaux, n’ont pas la capacité d’assumer seuls les investissements massifs nécessaires. Selon les estimations, il faudrait mobiliser 90 milliards de dollars d’ici 2030 pour répondre aux besoins en raccordements, un chiffre qui dépasse de loin les budgets publics.


Les investisseurs privés, de leur côté, restent prudents. L’absence de pipelines, l’instabilité politique ou encore le manque de bancabilité des contrats (notamment les PPA, Power Purchase Agreements) découragent de nombreux acteurs. Le risque est jugé trop élevé pour un retour sur investissement incertain.


Sans partenariats public-privé solides et mieux coordonnés, la majorité des projets énergétiques restera lettre morte.



Sans partenariats public-privé solides et une gouvernance claire, aucun projet énergétique majeur ne pourra voir le jour en Afrique de l’Ouest et Centrale.

Les pistes d’avenir


Malgré ces difficultés, plusieurs options existent pour construire un avenir énergétique plus solide.


Le gaz naturel doit être mieux valorisé. Outre le Nigéria, des découvertes au Sénégal et en Mauritanie pourraient alimenter de nouveaux corridors énergétiques, à condition de développer des infrastructures régionales de transport et de liquéfaction.


Le solaire et l’hydroélectrique représentent des solutions compétitives et adaptées aux réalités africaines. L’ensoleillement exceptionnel du Sahel offre un potentiel gigantesque. Des programmes comme Scaling Solar ont déjà prouvé qu’il était possible de livrer des centrales solaires en moins de deux ans, à des coûts imbattables. L’hydroélectricité, quant à elle, reste sous-développée malgré des bassins fluviaux importants.


Enfin, l’hydrogène vert suscite un intérêt croissant. Produit à partir d’énergies renouvelables, il pourrait transformer l’Afrique en exportateur majeur de carburants propres. Mais pour l’instant, cette option reste très coûteuse et difficilement amortissable dans des pays où les besoins de base ne sont pas encore couverts. Les experts s’accordent pour dire que l’hydrogène doit être vu comme un projet stratégique de moyen-long terme, et non une solution immédiate à la crise énergétique.


Pour Conclure


L’Afrique de l’Ouest et Centrale se trouvent à un carrefour énergétique. Les ressources existent, mais leur exploitation se heurte à des obstacles techniques, financiers et institutionnels. Le paradoxe est clair : gaz en abondance, soleil à profusion, potentiel hydroélectrique énorme… mais une population encore plongée dans l’obscurité.

La solution ne réside pas seulement dans de nouveaux projets, mais dans une approche coordonnée entre États, investisseurs privés et partenaires internationaux. Sans une gouvernance solide et des partenariats public-privé bancables, les mégaprojets resteront sur papier.


Un mix pragmatique, gaz, solaire, hydro, et à terme hydrogène vert, peut offrir une trajectoire réaliste. Mais le temps presse : sans action rapide, le continent risque de rater une nouvelle fois le rendez-vous de l’électrification universelle.



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  1. Alternative Economiques👉 https://www.alternatives-economiques.fr/afrique-acces-a-lelectricite-carte-0112201473142.html

  2. Banque mondiale 👉 Comment combler le déficit d'accès à l'énergie en Afrique ?. https://blogs.worldbank.org/fr/voices/combler-deficit-acces-energie-afrique

  3. Banque Africaine de Développement (BAD)👉 Le besoin crucial d’accéder à l’énergie en Afrique : une feuille de route vers la prospérité https://www.afdb.org/fr/news-and-events/le-besoin-crucial-dacceder-lenergie-en-afrique-une-feuille-de-route-vers-la-prosperite-80159

  4. Futuribles👉 Quels besoins en énergie pour l'Afrique à l'horizon 2040?.https://www.futuribles.com/quels-besoins-en-energie-pour-lafrique-a-lhorizon-2040/

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