Hydrogène vert en Afrique : le continent peut-il devenir la prochaine superpuissance énergétique mondiale ?
- Ali
- 14 mai
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Dernière mise à jour : 11 juin
by Ali
14/05/2025

L’hydrogène vert en Afrique représente aujourd’hui un enjeu stratégique majeur pour l’avenir énergétique mondial. Doté d’un des potentiels solaires et éoliens les plus vastes de la planète, le continent africain se trouve dans une position unique pour produire de l’hydrogène propre à grande échelle et à des coûts compétitifs. Selon l’IRENA, le marché mondial de l’hydrogène vert pourrait dépasser 2500 milliards USD d’ici 2050, et l’Afrique pourrait en devenir un pilier central.
Face à la demande croissante des grandes économies pour des sources d’énergie décarbonées, l’Afrique pourrait devenir le centre névralgique de cette industrie prometteuse. Mais pour y parvenir, elle devra surmonter des défis considérables en matière d’infrastructures, de financement, de gouvernance et de coordination régionale.
L’Afrique est-elle prête à relever ce défi colossal et à s’imposer comme une superpuissance de l’hydrogène vert ?
Un potentiel énergétique immense à exploiter
L’Afrique dispose d'un potentiel solaire et éolien remarquable, deux ressources clés pour produire de l'hydrogène vert. Selon l’Agence Internationale des Énergies Renouvelables (IRENA), le continent pourrait générer jusqu'à 1,5 milliard de tonnes d'hydrogène vert par an d'ici 2050.
Irradiation globale annuelle moyenne en Afrique

Cartographie comptant 10 905 sites potentiels de déploiement du photovoltaïque sur tout le continent.

Les pays du Sahel, du Maghreb, d’Afrique australe ou encore la corne de l’Afrique bénéficient d’un ensoleillement et de régimes de vents parmi les plus stables et les plus puissants au monde. À titre d'exemple, la région du Sahara reçoit en moyenne plus de 3000 heures d’ensoleillement par an, avec un potentiel de radiation solaire de 2 000 à 2 500 kWh/m²/an.
En exploitant seulement une fraction de ces ressources renouvelables, l’Afrique pourrait non seulement répondre à ses besoins domestiques en énergie propre mais aussi devenir un exportateur majeur d'hydrogène vert vers l'Europe, l'Asie et l'Amérique du Nord, en répondant à la demande croissante pour des vecteurs énergétiques décarbonés dans les secteurs de l’industrie lourde, du transport maritime ou de l’aviation.
Les défis techniques et infrastructurels à surmonter pour l'hydrogène vert en Afrique.
La transition vers une économie de l'hydrogène vert nécessite cependant des infrastructures robustes, couvrant l’ensemble de la chaîne de valeur : production, stockage, transport, distribution et utilisation. En amont, cela implique l'installation de gigawatts de capacités d’électrolyse, alimentées par des centrales solaires ou éoliennes, et la mise en place de systèmes de refroidissement, de dessalement (dans les zones côtières arides), ainsi que d’unités de purification de l’eau.
Actuellement, les capacités d’électrolyse en Afrique sont embryonnaires. Quelques projets pilotes sont en développement, principalement au Maroc (projet Aman avec Xlinks), en Égypte (avec Scatec et Fertiglobe), et en Afrique du Sud (HySHiFT, Sasol). Ces initiatives restent à l’échelle du démonstrateur ou du pré-commercial. À titre de comparaison, l'Europe et la Chine visent chacune plus de 40 GW de capacités d’électrolyse d’ici 2030, tandis que l'Afrique en cumule moins de 1 GW annoncé à ce jour.
Les défis ne s'arrêtent pas là : il faut également développer des infrastructures de stockage de l’hydrogène (sous forme gazeuse ou liquide, ou converti en ammoniac ou méthanol), construire des pipelines ou des terminaux d’exportation adaptés, et renforcer les réseaux électriques nationaux pour absorber et gérer les flux intermittents d’énergies renouvelables.
Développer massivement ces infrastructures est crucial pour positionner l'Afrique comme acteur majeur du secteur
Sans cette montée en puissance industrielle, le continent risque de rester un simple pourvoyeur de ressources, sans capter la valeur ajoutée.
De nombreux experts estiment que pour atteindre cet objectif, des investissements colossaux, de l'ordre de 450 milliards de dollars, seront nécessaires d'ici 2050. Ces financements devront provenir d’un mélange de fonds publics, d'investissements directs étrangers, d’institutions de financement du développement et de partenariats public-privé structurés autour de projets bancables et transparents.
Opportunités économiques et environnementales
L’hydrogène vert peut radicalement transformer les économies africaines en offrant une alternative durable aux hydrocarbures tout en stimulant l’emploi et l’industrialisation. Selon l'Union africaine, jusqu'à 2 millions d'emplois directs et indirects pourraient être créés d'ici 2030 grâce au développement de cette filière. Ces emplois couvrent un large éventail de secteurs : ingénierie, construction, maintenance d’électrolyseurs, logistique, recherche, services publics et industrie chimique.
Au-delà de l’emploi, l’hydrogène vert représente une opportunité pour les États africains de diversifier leurs économies, de générer des recettes d’exportation et de renforcer leur sécurité énergétique. Il pourrait également contribuer à l’émergence de clusters industriels bas-carbone, notamment dans la production d’ammoniac vert, de méthanol ou d’acier décarboné, tous fortement demandeurs d’hydrogène.
Sur le plan environnemental, l'hydrogène vert offre une solution concrète pour réduire massivement les émissions de gaz à effet de serre, tant dans la production d’énergie que dans les usages industriels ou de transport. Cela permettrait à l'Afrique de contribuer activement aux objectifs climatiques de l'Accord de Paris, tout en bénéficiant de mécanismes de financement climat (comme les crédits carbone ou les fonds climat multilatéraux).
L’hydrogène vert constitue ainsi un levier de développement économique, social et environnemental sans équivalent pour le continent.
Enjeux politiques et de gouvernance
Pour réussir sa transition vers l'hydrogène vert, l'Afrique devra impérativement se doter d'une gouvernance efficace, stable et transparente, apte à rassurer les investisseurs et à garantir la viabilité des projets sur le long terme. Cela implique la création de cadres réglementaires clairs, harmonisés et adaptés aux spécificités locales, avec des incitations fiscales, des mécanismes de garantie et des procédures administratives simplifiées.
Des pays comme le Maroc ou la Namibie montrent la voie : le Maroc a établi une stratégie nationale hydrogène dès 2021, soutenue par des partenariats avec l’Allemagne et des appels d’offres structurés ; la Namibie a quant à elle lancé le projet Hyphen Hydrogen Energy sur fonds public-privé avec une gouvernance contractuelle exemplaire.
Les États africains devront également renforcer la coordination intersectorielle entre ministères de l’Énergie, de l’Environnement, des Transports et des Finances, afin d'assurer une planification cohérente des infrastructures et un accès équitable aux ressources (eau, terrains, réseau électrique).
La coopération régionale sera un levier indispensable, en particulier pour mutualiser les coûts de production, faciliter l’interconnexion des réseaux électriques et développer des corridors logistiques à l’exportation. Des plateformes régionales comme la CEDEAO, la SADC ou la CEMAC peuvent jouer un rôle structurant pour standardiser les approches et attirer les grands acteurs industriels.
Enfin, la transparence dans l'attribution des contrats, la gestion des ressources et la redistribution des bénéfices devra être placée au cœur des stratégies nationales, afin d’éviter les dérives extractivistes du passé et de garantir que la transition énergétique profite réellement aux populations locales.
L'Afrique possède toutes les cartes pour devenir le futur leader mondial de l'hydrogène vert, mais elle doit agir dès maintenant
Perspectives et recommandations pour l’avenir
Pour transformer son immense potentiel en réalité industrielle et géopolitique, l’Afrique devra adopter une stratégie cohérente, intégrée et ambitieuse, reposant sur plusieurs leviers d’action complémentaires :
Renforcer la formation technique et scientifique locale, à travers des cursus spécialisés, des instituts technologiques, et des programmes de certification professionnelle. Cela permettra de créer un vivier de compétences africaines capables de concevoir, installer, exploiter et entretenir les infrastructures liées à l’hydrogène vert, tout en limitant la dépendance aux experts étrangers.
Développer des partenariats public-privé solides, en s’appuyant sur des modèles contractuels clairs et sécurisés (PPP, BOT, concessions), pour mobiliser à la fois les capitaux et le savoir-faire technologique. Les États doivent jouer un rôle de facilitateur, garantissant la bancabilité des projets et leur insertion dans une planification énergétique de long terme.
Encourager la recherche, l’innovation et la localisation industrielle, notamment dans les domaines du stockage (hydrogène liquide, ammoniac, LOHC), du transport (pipelines, cryogénie, électro-carburants) et des usages finaux (mobilité lourde, sidérurgie verte, engrais). Des clusters de recherche régionaux pourraient voir le jour, soutenus par des universités, centres techniques et industriels.
Promouvoir l’intégration régionale et les synergies transfrontalières, en mutualisant les infrastructures de production, les ports d’exportation, les corridors logistiques et les capacités de régulation. Des hubs régionaux d’hydrogène vert pourraient émerger, notamment en Afrique du Nord, Australe et de l’Ouest.

Les décisions prises dans les 5 à 10 prochaines années seront déterminantes pour faire émerger une économie verte continentale, compétitive, inclusive et résiliente.
The Africa Hydrogen Opportunity - Hydrogen Council - McKinsey & Company
Le marché de l’hydrogène vert : l’équation industrielle de la transition énergétique - Par Mounia Boucetta - https://www.policycenter.ma/publications/le-marche-de-lhydrogene-vert-lequation-industrielle-de-la-transition-energetique
IRENA – Potentiel Hydrogène Vert Afrique : https://www.irena.org/-/media/Files/IRENA/Agency/Publication/2021/March/Renewable_Energy_Transition_Africa_2021_FR.pdf
Care News - Un potentiel de progression vers les énergies renouvelables en Afrique :https://www.carenews.com/tpsf-travaux-publics-sans-frontieres/news/un-potentiel-de-progression-vers-les-energies
