Durcissement des importations en Algérie : une opportunité pour accélérer l’investissement industriel local ?
- Lynda MALOUM

- il y a 14 heures
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L’Algérie a renforcé en 2025 et 2026 son arsenal de contrôle des importations, avec des effets déjà visibles sur les entreprises et les chaînes d’approvisionnement. Entre volonté de substitution locale, tensions sur les intrants et contraintes de financement, le durcissement des importations pose une vraie question stratégique pour les industriels et les investisseurs.
Sommaire
Durcissement des importations en Algérie : Contexte
Le Durcissement des importations en Algérie n’est pas un simple ajustement administratif. Depuis le second semestre 2025, puis de manière plus marquée en 2026, le pays a ajouté plusieurs couches de contrôle sur les achats à l’étranger : programme prévisionnel d’importation, domiciliation bancaire avant expédition, plafonnement des engagements bancaires extérieurs à 50% des fonds propres, exigence d’un actif net au moins égal au capital social, et encadrement de l’encours d’import à 100% des fonds propres.
À cela s’ajoute une liste de plus de 851 produits dont l’importation reste suspendue. Le signal envoyé au marché est clair : l’importation ne doit plus être la voie par défaut, surtout dans un contexte où les réserves de change sont passées de 67,8 milliards de dollars fin 2024 à 40,3 milliards fin mars 2026 hors or. Le sujet n’est donc pas théorique. Il touche directement la capacité des entreprises à s’approvisionner, à produire et à investir.
Une logique de protection des devises, mais aussi de réorientation productive
Le durcissement repose d’abord sur une contrainte macroéconomique. Le déficit courant a atteint 10,5 milliards de dollars au premier semestre 2025, tandis que les importations de biens progressaient de près de 25% sur la même période. Dans le même temps, les exportations hors hydrocarbures reculaient. Dans ce contexte, la volonté de préserver les réserves de change est compréhensible.
Mais l’argument public ne s’arrête pas à la défense des équilibres extérieurs. Les autorités cherchent aussi à pousser une réallocation de la demande vers la production locale. Une étude de l’Agence algérienne de promotion de l’investissement évoque un potentiel de substitution très élevé, avec près de 95% de la valeur moyenne annuelle des importations étudiées pouvant être remplacée par une production nationale, sur 673 lignes tarifaires réparties dans onze secteurs. La sidérurgie, la construction mécanique et électrique, puis les industries chimiques et le plastique concentrent une part importante de ce potentiel.
Dans les faits, cette stratégie vise à faire du contrôle des importations un levier d’industrialisation. L’idée est simple : si certains produits deviennent plus difficiles à importer, les industriels locaux gagnent un espace de marché. Encore faut-il que cet espace soit réellement exploitable, ce qui suppose du capital, du savoir-faire et des intrants disponibles.
"Le dispositif passe d’un contrôle administratif des flux documentaires à un véritable rationnement du crédit à l’importation par la contrainte de bilan."
Quand la contrainte peut stimuler l’investissement, et quand elle le freine
L’exemple le plus parlant reste l’automobile. L’usine Fiat de Tafraoui, portée par Stellantis, est passée de 18 000 véhicules produits en 2024 à un objectif de 90 000 en 2026, avec une cible d’intégration locale de 30 à 35%. L’extension annoncée à 135 000 véhicules par an d’ici 2028 montre qu’un cadre plus contraignant peut, dans certains cas, accélérer des décisions industrielles concrètes. Hyundai prévoit aussi une usine de 50 000 véhicules par an à Relizane fin 2026, tandis que Great Wall Motors, JAC et Tirsam avancent sur d’autres projets.
Ce type de dynamique fonctionne surtout quand trois conditions sont réunies : un marché intérieur suffisamment large, un accès au capital, et des partenaires capables d’apporter technologie et organisation industrielle. Dans ce cas, la contrainte sur les importations peut jouer comme un accélérateur. Elle oblige les opérateurs à produire localement s’ils veulent conserver leur position.
Mais ce mécanisme a ses limites. Le marché algérien reste relativement étroit, avec environ 100 000 véhicules par an toutes marques confondues, contre 150 000 à 200 000 avant 2020. Pour plusieurs projets annoncés en parallèle, cette taille de marché pose une vraie question de soutenabilité. Le risque est de multiplier les capacités sans atteindre un niveau d’utilisation suffisant.
Le problème est encore plus net pour les PME. Le décret de 2021 sur les codes d’activités homogènes avait déjà réduit le nombre d’importateurs actifs, passant d’environ 40 000 à 20 000 immatriculations. Les nouvelles exigences de fonds propres et d’actif net peuvent accentuer cette sélection. Comme le résume l’économiste Brahim Guendouzi, ces mesures font peser un risque d’éviction disproportionné sur les petites entreprises, moins dotées en capital que les grands groupes.
Le vrai test se jouera dans l’exécution
Le point décisif n’est pas la logique affichée, mais la manière dont elle est appliquée. L’été 2025 a déjà montré que la mise en œuvre rapide pouvait créer des blocages dans les ports et les aéroports, avec des cargaisons immobilisées et des délais de dédouanement allongés. Des mécanismes de déblocage exceptionnel ont ensuite été nécessaires pour éviter des ruptures d’approvisionnement.
Cette tension entre contrôle et continuité est centrale. Une politique trop stricte peut pénaliser les intrants et les biens intermédiaires qui ne sont pas encore substituables localement. Or, sans ces intrants, l’industrie ne se développe pas. Elle ralentit. C’est là que le durcissement des importations peut devenir contre-productif s’il dépasse la capacité d’absorption de l’appareil productif.
La Banque d’Algérie et l’ABEF ont renforcé l’arsenal avec des seuils précis en 2026, ce qui donne de la visibilité réglementaire sur le papier. Mais la visibilité ne suffit pas si les délais, les autorisations et les guichets restent difficiles à coordonner. Le marché bancaire demeure peu digitalisé, le dinar n’est pas convertible, et l’accès au crédit reste complexe pour les PME. Autrement dit, la contrainte commerciale arrive dans un environnement déjà peu fluide.
Au fond, la question n’est pas de savoir si l’Algérie doit protéger ses réserves ou soutenir son industrie. Elle doit faire les deux. La vraie interrogation est celle du dosage. Le durcissement des importations peut aider à faire émerger des projets industriels quand le capital, la technologie et le marché sont déjà là. En revanche, pour les opérateurs fragiles, il risque surtout de réduire l’accès aux intrants, de concentrer le marché et de retarder l’investissement.
Le FMI estime que, sans réformes structurelles, les réserves pourraient tomber à environ 18,6 milliards de dollars d’ici 2030, avec une couverture d’importations ramenée à trois mois. Ce rappel donne la mesure de l’urgence. L’Algérie dispose d’une fenêtre limitée pour transformer une politique de contrainte en base industrielle durable. Si cette fenêtre est mal utilisée, le durcissement ne produira pas une industrialisation plus rapide, mais seulement une économie plus tendue.
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Sources de l'article
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