Diversification de l’économie en Algérie : les secteurs industriels qui tirent la croissance hors hydrocarbures
- Lynda MALOUM

- il y a 13 minutes
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L’Algérie accélère sa diversification économique avec des résultats visibles dans l’industrie, l’agriculture, les mines et le numérique. Mais derrière la progression des exportations hors hydrocarbures, la question reste la même : quels secteurs peuvent réellement porter une croissance plus durable et moins dépendante du pétrole et du gaz ?
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Diversification de l’économie en Algérie : Contexte
La Diversification de l’économie en Algérie n’est plus un simple mot d’ordre. Elle répond à une réalité longtemps connue des décideurs publics et des investisseurs : pendant des années, les hydrocarbures ont représenté plus de 90 % des recettes d’exportation et une part majeure du PIB et des recettes budgétaires. Cette dépendance a rendu l’économie vulnérable aux cycles du pétrole et du gaz, tout en limitant l’émergence d’un tissu industriel plus large.
Le mouvement s’est toutefois accéléré depuis quelques années. Entre 2017 et 2023, les exportations hors hydrocarbures ont triplé pour atteindre 5,1 milliards de dollars en 2023. En parallèle, la réforme du cadre économique a pris une place centrale avec la nouvelle loi sur l’investissement de 2022, la suppression de la règle 51/49 pour les secteurs non stratégiques en 2020, puis le plan d’action gouvernemental de septembre 2021 qui a fait de la création d’emplois et du secteur privé une priorité.
Cette dynamique ne signifie pas que la transition est achevée. Les hydrocarbures ont encore représenté 83 % des exportations et 46 % des recettes budgétaires entre 2020 et 2024. Autrement dit, la diversification progresse, mais elle reste incomplète et fragile si le secteur privé, la productivité et la compétitivité ne montent pas en puissance.
Les secteurs qui portent déjà la croissance hors hydrocarbures
Les chiffres montrent que plusieurs activités jouent déjà un rôle concret dans la transformation économique. En 2023, le secteur industriel national contribuait à 4,1 % du PIB, selon le ministère de l’Industrie et de la Production pharmaceutique. Ce niveau reste modeste, mais il traduit une base industrielle qui se recompose, notamment dans la manufacture, les matériaux de construction et certaines branches chimiques.
L’industrie manufacturière et les services ont affiché une résilience notable. Au deuxième trimestre 2025, le secteur industriel hors hydrocarbures a progressé de 6,4 %, tandis que le commerce a augmenté de 6,7 % et l’agriculture de 4,5 %. Cette combinaison est importante, car elle montre que la croissance ne repose pas sur un seul levier. Elle est portée à la fois par la demande intérieure, les capacités de production et une meilleure tenue de plusieurs secteurs non pétroliers.
L’agriculture mérite une attention particulière. Elle représente 13 % du PIB et 10 % de l’emploi, ce qui en fait le deuxième contributeur à l’économie après les hydrocarbures. Son potentiel reste pourtant sous-exploité, notamment pour développer des chaînes de valeur agro-industrielles plus structurées. La Banque africaine de développement a d’ailleurs inscrit l’agro-industrie parmi les axes de sa stratégie pays 2025-2030 pour l’Algérie.
Dans l’industrie, les matériaux de construction et la chimie tirent aussi les exportations. Les engrais dominent 60 % des exportations hors hydrocarbures, avec des produits comme l’ammonitrate, l’ammoniaque et l’urée. La sidérurgie et le ciment complètent ce tableau, avec des exportations de produits sidérurgiques et de clinker. Des acteurs comme Tosyali et Algeria Qataria Steel (AQS) illustrent cette montée en capacité, même si la concentration des ventes sur quelques produits reste forte.
"La diversification ne se décrète pas, elle se construit secteur par secteur, avec des règles stables et des entreprises capables d’exporter."
Pourquoi le numérique, les mines et les infrastructures comptent désormais autant
Au-delà des filières traditionnelles, plusieurs secteurs prennent une place nouvelle dans le débat économique. Le numérique en est un bon exemple. L’Algérie comptait 55,6 millions de connexions mobiles en 2025, avec une hausse de 46 % des paiements électroniques. Ces indicateurs ne suffisent pas à eux seuls à transformer l’économie, mais ils signalent une base de marché plus large pour les services digitaux, les startups et les usages industriels liés à la donnée.
Le secteur minier est un autre levier de diversification. La mine de fer de Gara Djebilet, à Tindouf, est l’un des projets les plus suivis, avec une exploitation prévue début 2026. Son intérêt dépasse la seule extraction. Pour les industriels, elle peut alimenter de futures chaînes de transformation, à condition que les infrastructures de transport et de traitement suivent.
C’est précisément là qu’interviennent les projets d’infrastructure. Le système communautaire portuaire algérien, lancé en juillet 2021 avec le soutien de la Banque mondiale, vise à améliorer l’efficacité commerciale et l’attractivité des ports. De son côté, la Banque africaine de développement a accordé un prêt de 747 millions d’euros pour la première phase de la ligne ferroviaire Alger-Tamanrasset. Ces investissements comptent parce qu’une diversification industrielle sans logistique performante reste difficile à consolider.
L’ouverture régionale ajoute une autre dimension. L’adhésion de l’Algérie à la ZLECAf en 2024 confirme la volonté d’élargir les débouchés au-delà du marché intérieur et des partenaires habituels. Pour les investisseurs et les équipementiers, cela crée un signal clair : la compétitivité future passera aussi par la capacité à produire aux normes, à livrer à temps et à s’insérer dans des chaînes de valeur plus larges.

Ce que les décideurs et les industriels doivent surveiller de près
La trajectoire algérienne est encourageante, mais elle reste exposée à plusieurs limites structurelles. La première est la productivité. La seconde est la bureaucratie, souvent citée comme frein à l’investissement et à la rapidité d’exécution. La troisième est la concentration des exportations hors hydrocarbures sur un nombre réduit de produits, en particulier les fertilisants, dont la production reste fortement liée au gaz. Cela nuance la portée réelle de la diversification.
Les signaux macroéconomiques sont néanmoins plus favorables qu’il y a quelques années. La croissance du PIB réel a atteint 4,1 % en 2023, avec des prévisions de 3,7 % en 2024 et 3,8 % en 2025 selon la Banque mondiale. La croissance des secteurs hors hydrocarbures est attendue à 5,4 % en 2025. Dans le même temps, l’inflation a été ramenée à 1,7 % sur les neuf premiers mois de 2025, après un pic à 9,3 % en 2023. Cette stabilisation compte pour les industriels, car elle améliore la visibilité sur les coûts et la demande.
Un autre point mérite d’être suivi de près : les capacités de conformité aux normes internationales. L’Organisme Algérien d’Accréditation, ALGERAC, est passé de 77 laboratoires accrédités en 2021 à 135 en juillet 2024, soit une hausse de 75 %. Pour les exportateurs, c’est un élément décisif. Sans certification et sans qualité reconnue, la montée en gamme reste limitée.
Au fond, la Diversification de l’économie en Algérie avance par strates. L’industrie manufacturière, l’agriculture, les mines, les matériaux de construction, les engrais et le numérique constituent déjà des appuis réels. Mais la suite dépendra moins des annonces que de la capacité à exécuter les réformes, à soutenir l’investissement privé et à faire émerger des filières plus profondes, plus exportatrices et moins dépendantes des hydrocarbures.
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