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Bénin : EHUA Industries lance un complexe intégré de soja et d’aliments pour animaux à la GDIZ

il y a 11 minutes
6 min de lecture
Usine de trituration de soja et de fabrication d'aliments pour animaux au Bénin
Usine de trituration de soja et de fabrication d'aliments pour animaux au Bénin

EHUA Industries a inauguré le 4 septembre 2026, à la GDIZ, une unité associant trituration de soja et fabrication d’aliments pour animaux. Au-delà des capacités annoncées, le démarrage pose des questions très concrètes d’approvisionnement, de qualité, d’utilities et de débouchés pour l’élevage.



Sommaire



Lancement d'un complexe intégré de soja et d’aliments au Bénin


Le 4 septembre 2026, EHUA Industries a inauguré à la Zone industrielle de Glo-Djigbé, au Bénin, un site qui relie deux activités habituellement séparées : la transformation du soja et la production d’aliments composés pour animaux. L’investissement annoncé atteint 28 milliards FCFA pour une emprise d’environ huit hectares.


Le complexe intégré de soja et d’aliments comprend une unité de trituration annoncée à 300 tonnes de soja par jour et une fabrique d’aliments complets donnée pour 180 000 tonnes par an. Ces chiffres décrivent des capacités nominales. Ils ne renseignent pas encore sur les volumes effectivement produits, les rendements matière ou le taux d’utilisation des équipements depuis l’entrée en activité.


L’intérêt industriel du modèle tient à la valorisation du tourteau, coproduit de la trituration du soja. Après extraction de l’huile, ce tourteau peut être incorporé dans des formules destinées notamment à l’aviculture, aux élevages porcins, cunicoles et bovins. L’intégration réduit les interfaces entre le pressage et la provenderie, ainsi que les besoins d’achat externe de protéines végétales pour l’usine. En contrepartie, elle lie étroitement les performances des deux ateliers : un arrêt de la ligne soja peut perturber l’approvisionnement de la fabrique d’aliments, tandis qu’un ralentissement commercial en aval peut immobiliser des coproduits.


Pour la GDIZ, le projet met aussi à l’épreuve l’intérêt concret d’une zone industrielle mutualisée : accès logistique, alimentation électrique, gestion des eaux, maintenance, circulation des camions et disponibilité des services communs doivent accompagner le passage du chantier à une exploitation régulière.



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Un approvisionnement en soja à sécuriser au-delà des volumes nationaux


Le Bénin disposait en 2023 d’une production de soja de 520 929 tonnes, contre 421 886 tonnes en 2022, d’après la Direction de la statistique agricole. Cette progression de 23,5 % crée une base agricole significative pour les transformateurs. Le soja représentait alors 61,6 % des légumineuses recensées dans le pays.


La capacité annoncée du site donne toutefois l’échelle du défi. En retenant, à titre de simple ordre de grandeur, 300 tonnes par jour pendant 330 jours, l’unité consommerait 99 000 tonnes par an. Cette estimation est cohérente avec le besoin pouvant atteindre 100 000 tonnes annuelles évoqué lors du lancement, sans constituer une prévision de production. Rapporté à la récolte nationale de 2023, ce niveau représenterait environ 19 % des volumes produits.


La production nationale agrégée ne garantit donc pas, à elle seule, l’approvisionnement de l’usine. La matière réellement mobilisable dépend de la qualité des grains, de leur taux d’humidité, de la saisonnalité des récoltes, de la dispersion des producteurs, de la capacité de collecte et du financement des stocks. Elle dépend aussi de la concurrence entre acheteurs et de la confiance dans les contrats proposés aux producteurs.


La politique de transformation locale renforce ce contexte. Le gouvernement béninois avait fixé au 1er avril 2024 l’arrêt de l’exportation du soja grain sans transformation, afin de soutenir l’implantation d’industries locales. En décembre 2024, il a demandé le respect de l’interdiction d’exportation terrestre du soja. Ces mesures peuvent soutenir la disponibilité intérieure, mais elles ne remplacent ni des prix d’achat lisibles ni un dispositif opérationnel de collecte, de contrôle et de paiement.


Pour EHUA Industries comme pour les financeurs et partenaires de l’amont, les indicateurs à suivre seront donc les volumes réceptionnés, les taux de rejet, l’humidité des lots, le prix moyen d’achat et le niveau de couverture des stocks. Ce sont eux qui détermineront la continuité de marche bien davantage que la seule capacité de plaque.



Production de soja au Bénin : 520 929 tonnes en 2023, dont près de 19 % seraient nécessaires au complexe EHUA à la GDIZ.


De la trituration au sac d’aliment : une chaîne où la qualité pilote la cadence


La configuration documentée pour le site repose sur une succession d’opérations classiques, mais exigeantes. Les grains sont réceptionnés, pesés, nettoyés, séchés et stockés. Le soja passe ensuite par le décorticage, la mouture, l’humidification et le chauffage avant le pressage. L’huile est séparée et purifiée, tandis que le tourteau rejoint les matières premières de la fabrique d’aliments.


Les formules peuvent associer ce tourteau à du maïs, des sons de riz ou de maïs, du tourteau de coton, ainsi qu’à certains coproduits de cajou. Les macro-ingrédients sont broyés et dosés, puis mélangés avec les micro-ingrédients, minéraux et matières grasses. La granulation repose sur l’injection de vapeur et le passage à travers des filières adaptées aux espèces visées. Les granulés peuvent ensuite être émiettés, tamisés, ensachés et stockés sur palettes, avec des sacs prévus en conception aux formats de 25 kg et 50 kg.


Cette architecture permet une offre diversifiée, mais elle rend la maîtrise des formulations indispensable. La variabilité de la teneur en protéines ou en énergie des intrants peut modifier la valeur nutritionnelle d’un aliment. Les erreurs de dosage, l’humidité excessive, les mycotoxines ou les contaminations croisées sont également des risques commerciaux et sanitaires.


Le laboratoire interne, l’échantillonnage des lots, la traçabilité et les procédures de rappel prévues dans la documentation environnementale ne sont donc pas des fonctions secondaires. Ils conditionnent la capacité à vendre régulièrement à des éleveurs qui attendent une qualité constante. La capacité de 180 000 tonnes par an dépasse logiquement le seul volume de soja traité, puisque les aliments incorporent plusieurs matières premières. Mais cette flexibilité ne compense pas une qualité irrégulière des intrants.


Les premiers mois d’exploitation seront le vrai test industriel


Le démarrage d’une unité intégrée ne se résume pas à l’entrée en service des lignes. Les données publiques disponibles ne permettent pas encore de confirmer les premiers tonnages, la disponibilité réelle des équipements, la consommation énergétique par tonne, les rendements huile-tourteau ou les contrats commerciaux conclus. Il serait prématuré de déduire un régime industriel stabilisé des seules capacités annoncées.


Les utilities seront particulièrement sensibles. La vapeur est nécessaire à la granulation, tandis que l’électricité alimente les convoyeurs, broyeurs, presses, mélangeurs et équipements de conditionnement. La conception mentionne un raccordement à la SBEE et un groupe électrogène, sans publier la puissance installée ni l’autonomie effective. Elle estime aussi les purges de chaudière à 50 litres par heure, ce qui souligne l’importance de la gestion de l’eau et des rejets.


La maintenance devra suivre le rythme des équipements soumis à l’usure : marteaux de broyeurs, filières de granulation, roulements, convoyeurs, presses, ensacheuses et instruments de pesée. Pour les investisseurs, les autorités et les partenaires EPC, les indicateurs les plus utiles au cours des douze premiers mois seront le taux d’utilisation mensuel, les arrêts non planifiés, les temps de réparation, le stock de pièces critiques, les écarts de formulation et les réclamations clients.


La gestion des poussières, la prévention incendie, le contrôle des nuisibles et la propreté des zones de stockage comptent tout autant. Dans un environnement de manutention de céréales et de broyage, ces sujets relèvent à la fois de la sécurité des personnes, de la conformité environnementale et de la fiabilité de production.


EHUA Industries apporte ainsi un actif industriel structurant pour la transformation du soja au Bénin. Sa performance dépendra désormais de l’exécution quotidienne : sécuriser les achats agricoles, produire des lots conformes, maintenir les installations disponibles et convertir les capacités nominales en volumes vendables à des débouchés solvables.



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Sources de l'article


  • GDIZ - publication officielle sur l’inauguration et les capacités - septembre 2026 - 1. - source primaire du gestionnaire de zone ; date, investissement, emprise et capacités annoncées.



  • GDIZ - visite ministérielle du chantier EHUA - 17 mars 2026 - 2. - source institutionnelle ; état du chantier et finalité pour l’alimentation animale.



  • EHUA Industries / ABE / BOAD - Notice d’impact environnemental et social de l’unité d’aliments pour animaux - 3. - document primaire/institutionnel ; procédés, équipements, qualité, utilities et risques.



  • Agence béninoise pour l’environnement - fiche du rapport EHUA - 4. - source réglementaire ; objet de l’étude et cadre de conformité.



  • Direction de la statistique agricole - Note sur les performances du secteur agricole, mars 2024 - 5. - source statistique publique ; production de soja 2018-2023.



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